Invité dans le cadre de « Lire en Fête », dont le thème était cette année la littérature jeunesse, j’ai donc animé pendant une semaine un stage d’illustration au
CCF de Cotonou.

11 jeunes dessinateurs béninois ont suivi le stage. Plusieurs travaillent dans des journaux comme caricaturistes, et sont donc souvent très à l’aise en dessin, malgré l’absence de réelle formation : pas d’école d’arts dans le pays, seule une formation d’arts appliqués aborde quelques disciplines artistiques.
Il y a beaucoup de journaux au Bénin, une grande variété de tons et la satire y tient une bonne place, c’est donc une excellente occasion pour les dessinateurs de se faire la main. Quelques uns d’entre eux ont également publié des bandes dessinées, comme Hodall Béo et ses célèbres Zémidjan ou Hector Sonon (collectif Albin Michel, 2005). Pourtant, pas d’éditeur de bande dessinée au Bénin, et c’est dommage, car il est certain que le potentiel existe.
Pour en revenir au stage, j’ai orienté la formation dans une perspective professionnelle : constitution d’un book, prise de contact avec les éditeurs, présentation d’un dossier, etc.

Dans les ateliers, j’ai essayé surtout de donner des pistes de travail, à partir de ma propre expérience : comment aborder le croquis, la recherche d’idée, la composition et la lisibilité d’une image ; la réalisation d’une image finalisée, le travail sur la couleur, l’exploration de quelques techniques graphiques, la mise en page, le travail sur le personnage… Comme beaucoup d’entre eux travaillent exclusivement le dessin au trait, avec parfois un peu d’encre noire, le travail sur la couleur et la composition a été une étape importante. Certains ne savaient pas d’ailleurs comment utiliser la gouache offerte par le CCF pour le stage.

Pour les dernières demi-journées, je leur ai proposé de travailler sur le thème du salon de Montreuil 2008, les peurs, ainsi que sur le conte d’Anansi et la Mort qui a servi de support au concours Figures Futur.

Je crois que la finalisation de ce travail a produit pour certains un « déclic », dans la façon de construire et de réaliser une image en choisissant et en gardant un parti pris graphique.
La semaine a aussi été ponctuée de rencontres et d’ateliers avec les enfants.

Au CED du quartier d’Akpakpa, j’ai animé un atelier de dessin dans lequel les enfants ont réalisé un autoportrait « en action », puis une image pour illustrer un conte. Les crayons de couleur ont valsé en toute liberté pendant 3 heures pour des résultats souvent très chouettes.

Le vendredi soir, j’ai dédicacé « Yacoubou » à la librairie Bufalo, qui accueillait aussi des enfants et des parents pour une remise de prix suite à un concours de contes. Il y avait beaucoup de monde, et j’ai été très heureux de l’accueil que les béninois ont réservé à cette histoire béninoise écrite et illustrée par un
yovo…

Pour moi, il était important que le livre puisse être présent dans le pays qui l’a inspiré. Même si c’est le livre d’un européen, et qu’il est destiné à une diffusion européenne, j’ai essayé de construire l’histoire de façon à ce qu’un béninois puisse aussi y trouver de l’intérêt, et même y lise peut-être un peu plus qu’un lecteur français. Le passage de la limousine présidentielle, par exemple, a beaucoup fait réagir les petits cotonois (habitants de Cotonou), parce qu’elle évoque un quotidien dont un enfant européen n’a pas idée !
La semaine s’est terminée avec une table ronde qui réunissait plusieurs acteurs de la littérature jeunesse au Bénin : Agnès Hodjonou, librairie Notre-Dame, Béatrice Gbado, directrice des
éditions Ruisseaux d’Afrique, Olivier Carré, médiathécaire du CCF, Hector Sonon, auteur et illustrateur, Georges Bada, auteur jeunesse.

L’état des lieux qui a été dressé au cours de la soirée décrivait une situation très différente de celle qu’on connaît en France. En France, le secteur de l’édition jeunesse est en constante expansion depuis plusieurs années, et commence à connaître un phénomène de saturation. Au Bénin, les éditions Ruisseau d’Afrique ne connaissent guère plus de 2 ou 3 concurrents (Star éditions, NEI…) Les problématiques sociales, culturelles et économiques n’ont rien à voir avec celles de l’Europe. Béatrice Gbado expliquait ainsi que la création et le développement de sa maison d’éditions répondait à des enjeux identitaires et éducatifs. Lassée de ne trouver que des contes de Noël et énièmes avatars de Blanche-Neige dans les librairies de Cotonou, elle a voulu créer des livres qui parlent aux jeunes lecteurs béninois. Constatant ensuite que le prix de ces livres était une barrière à leur diffusion, elle a cherché à en réduire le coup et s’est appuyée sur les réseaux associatifs pour promouvoir la lecture. Les éditions Ruisseaux d’Afrique ont aujourd’hui un catalogue très riche, les ouvrages sont diffusés largement au-delà des frontières du Bénin, et certains noms se sont affirmés dans le secteur de l’édition jeunesse : celui de Georges Bada, par exemple, aux éditions NEI, ou celui d’Hector Sonon.

Ce dernier a développé au cours des dernières années de multiples compétences, qui l’ont mené du dessin de presse au dessin animé (Hector termine actuellement de travailler sur le premier projet de dessin animé béninois) en passant par la BD, l’illustration jeunesse, l’animation de réseaux, l’enseignement… Malgré tout, il dit souffrir du manque de reconnaissance de sa profession dans son pays et milite depuis longtemps pour la création d’une véritable école d’arts et la création de Prix graphiques permettant de mettre en avant les jeunes talents. Un pari d’envergure dans un pays où il reste beaucoup à construire…

dessin d'Hector Sonon